YVES BONNEFOY, Une voix, prudence

EXTRAIT AUDIO (lecture: Jérôme Parzyfz)

Présentation

Lecture au sens de Van Gogh: "Il faut apprendre à lire, comme on doit apprendre à vivre."

Début

Dans le leurre des mots

 

Dans le recueil Les Planches courbes, le titre de la section « Dans le leurre des mots » exprime un parti-pris, répandu à notre époque, celui de l’illusion du langage, parti-pris qui sera contesté, relativisé, dans le cours même de ce poème en deux volets :

 

                                            [ I ]

 

La réalisation de la possibilité de saisir les « choses proches », nous dit le poète, fait l’Existence de l’être; il faut que « passe le feu léger » entre l’être et la chose, qu’une « fumée rencontre une fumée » pour avoir le sentiment d’exister un peu « au-dessus de la disjonction » des éléments (cette existence n’est peut-être qu’une illusion mais qui est source d’une sensation). La poésie est au moins cette expérience de rencontre entre deux fumées. (vers 1-12)

Autre extrait

Les planches courbes

 

Le fait que cette section reprenne le titre du recueil lui donne une portée particulière (sorte de synthèse du propos de Bonnefoy, qui l’élucide ; la forme qui n’est plus celle d’un poème en vers libres et blancs, mais d’une parabole en prose, nous invite d’ailleurs à penser en terme d’élucidation)

 

Le poète qui n’a pas eu de père (il est abandonné peut-être d’ailleurs comme tout être : l’absence est une condition universelle qui dépasse les contingences de la vie du poète), et par conséquent n’a pas de Maison, ce que rien n’a jamais compensé (pas même « ces jeunes et douces femmes » dont il ne se souvient pas « non plus ») ; le poète qui n’a pas eu de père, et en a la conscience, mène douloureusement une quête par conséquent pour en trouver un : « la voix brisée par les larmes », il demande au passeur du fleuve « Veux-tu être mon père ? ». Le passeur peut être considéré comme une représentation de la poésie qui permet d’aller au-delà de la réalité, de s’aventurer sur le « fleuve » ; mais la poésie ne peut être une fin en soi ; elle n’est pas tout ce que l’on cherche (le père, cette Présence) : la barque aussi « semble fléchir de plus en plus sous le poids de l’homme et de l’enfant, qui s’accroît à chaque seconde ». Peut-être y a-t-il un autre père à chercher, pas accessible par les mots, le langage, à moins qu’il n’y ait rien : « Oh, s’il te plaît, sois mon père ! Sois ma maison ! / — Il faut oublier tout cela, répond le géant, à voix basse. Il faut oublier ces mots. Il faut oublier les mots. »

 

 

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