ROMEO ET JULIETTE, D'un autre jour possible dans la nuit

EXTRAIT AUDIO (lecture: Jérôme Parzyfz)

Présentation
Lecture au sens de Van Gogh:
"Il faut apprendre à lire, comme on doit apprendre à voir et apprendre à vivre."

Début

Prologue (pose quelques repères, extrêmement sombres) :
Vie est matière, « sperme », à dimension cosmique (« astres »), plutôt infecte (les astres « détestent » les deux amoureux). 

Beauté est monumentale, des « illustres maisons » de la « belle Vérone », insensible, comme nous le sommes, spectateurs impatients d’un drame qui n’occupera pour nous que deux heures d’un théâtre.

 

La beauté de Vérone ne dissimule pas, ne s’en souciant pas, la fureur et dureté ancestrales, antiques, naturelles, des hommes, des pères mêmes.

 

Les deux amoureux en tant qu’ « enfants » qu’ils sont restés ne semblent pas avoir participé, eux, à cet ordre implacable des choses et de ce fait sont en mesure de sauver, malgré eux de leurs corps morts, un monde (celui de leurs familles respectives), en apaisant, in extremis, de leur sacrifice, la fureur qui se propage.

Autre extrait

Acte IV scène 3 (l’amour dans la mort)

 

Dans la chambre de Juliette

Grande solitude et désarroi de Juliette  face à cette mort, même factice, dans laquelle elle doit se plonger pour sauver son amour : « Cette scène lugubre, / Je dois la jouer seule… Le flacon ! »

Elle craint que tout ceci ne soit une comédie, que l’amour soit une comédie, dérisoire (insignifiante comme ce flacon) et sinistre, que lui forcerait à jouer jusqu’au bout le frère Laurent qui ne supporterait pas, ayant tout misé sur l’idée de l’amour qu’il voudrait propager en l’inoculant comme un poison, qui ne supporterait pas que cet amour soit déjoué par la réalité, qui serait peut-être la seule vérité, à accepter, mais que refuserait Frère Laurent au prix, en l’occurrence, de la mort de Juliette. Elle doute de son amour même, pense à ce moment, dans son déchirement intérieur où se manifeste l’instinct de survie, en termes d’influence mauvaise, perverse (au sens où son énergie vitale aurait été détournée vers un objet illusoire), en termes d’influence qu’elle aurait subie. En même temps quelque chose résiste en elle à cette tentation du reniement de l’amour par dénigrement de l’un de ses porte-parole : « si c’était un poison que le frère / M’administre sournoisement, pour que je meure, / Craignant d’être déshonoré par ce mariage, / Lui qui m’unit d’abord avec Roméo ? / J’en ai peur… Et pourtant je ne puis le croire / car il s’est avéré un saint homme, toujours. »

 

Puis acceptant l’idée de boire le breuvage, ne voulant plus douter de frère Laurent, elle redoute le réveil au milieu des morts dans la crypte où on l’aura, la pensant morte, ensevelie ; elle redoute de perdre la tête, « Environnée de toutes ces horreurs »,  si jamais Roméo n’arrivait pas à temps (elle doute à présent de celui-ci).

Elle pense au cadavre de Tybalt, Tybalt « déchiqueté » par la mort. Semble alors la pénétrer justement, l’esprit négateur de Tybalt, vouant à une mort atroce ; semble la pénétrer l’esprit de néant atroce de celui qui n’a plus foi en l’amour ; heureusement, elle trouve la force de résister à la tentation de ce désespoir, repousse l’assaut de cet esprit de négation, l’assaut de la mort déjà là finalement avant même que Juliette n’aie pris le breuvage, dont la foi en l’amour est le seul antidote, dont la foi en l’amour mêlé à ce breuvage seule fera de ce poison un remède ; elle repousse cet esprit de Tybalt : « Arrête, Tybalt, arrête ! » et revient, se donne en toute confiance, décidée, à Roméo, à l’amour : « J’arrive, Roméo ! C’est à toi que je bois ceci. »

 

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