OVIDE, La seule histoire possible est de l'amour

Présentation

Lecture au sens de Van gogh:
"Il faut apprendre à lire, comme on doit apprendre à vivre."


Début

Présentation générale de l’œuvre :

Les Métamorphoses révèlent les soubresauts de la Vie, son évolution, passant régulièrement par des retours en arrière, revenant souvent à des formes archaïques, du fait des erreurs et égarements humains mais pas uniquement. Quoi qu’il en soit, l’Amour tarde à se réaliser ; et le monde, la nature, le règne d’un « dieu » harmonieux (sans doute unique), sans qu’on sache trop pourquoi. Malgré les nombreuses phases de régression, d’anéantissement apparent parfois de la création même, il y a toujours en arrière plan la certitude d’une réserve suffisante d’énergie, d’amour, pour que celui-ci se réalise plus pleinement un jour : il y a une histoire de l’Amour envisageable, malgré le peu de recul qu’on a encore (Ovide) dans le temps historique humain.


Autre extrait

Livre XI
Présentation générale : neuf histoires initiatrices de la raison de tous les maux, de la misère, de la mort : un rapport mal équilibré à l’amour qui ne demande qu’à se répandre par un flux de vie dans l’étendue de l’univers.

Après la mort d’Orphée, la dissipation d’un élan d’amour, le désir, sous l’effet du manque (absence de flux) reprend son essor sous sa forme la plus grossière de cupidité qui déclenche des fureurs dévastatrices. A force d’assauts répétés, d’énergie libérée sans contrôle, sans volonté de contrôle (par surdité, bêtise, ignorance), le crédit d’amour s’épuise (ne faisant plus obstacle à l’avancée du désir) jusqu’à un point de non-retour, et la vie alors, l’harmonie, le monde, s’écroulent soudain comme un pan de mur miné en son fondement : tout sombre, dans le chaos de la guerre, qui continue de s’effondrer pendant encore longtemps sur elle-même, dans le Livre XII.

 

 

 

1) Première histoire : la mort d’Orphée

 

a) transition : alors qu’Orphée se déplace, entraînant dans son élan, forêts, animaux sauvages et rochers mêmes, les femmes des Cicones, leurs poitrines couvertes de peaux de bêtes – dans leur délire –, l’aperçoivent et disent : « C’est l’homme qui nous méprise ».

Elles multiplient les attaques ; la fureur, Erinys, règne alors. Les bruits que font ces bacchantes couvrent le son de la Cithare.

Elles s’acharnent sur les animaux, oiseaux innombrables, serpents, bêtes sauvages, s’en prennent directement ensuite à Orphée en lui projetant toutes sortes de projectiles, résidus de matière ; puis elles s’écartent un instant de lui pour se diriger vers des paysans en train de préparer la récolte ; ceux-ci s’enfuient voyant fondre sur eux les Ménades ; ils abandonnent leurs instruments de travail. Elles s’emparent de ceux-ci et reviennent « consommer la perte du chantre divin ». Celui-ci tend les mains, semblant implorer pitié, et prononce des mots pour la première fois, sans effet : « sa voix n’éveille pas l’émotion ». Elles l’achèvent alors.

Son âme s’exhale par sa bouche, est emportée par les vents.

Deuil immédiat de la nature qui s’assombrit, devient austère.

Ses membres sont dispersés ; sa tête et sa lyre tombent dans l’Hèbre (fleuve) ; (« plaintivement la langue privée de sentiments murmure »). La tête est finalement rejetée par la mer sur une plage : le visage d’Orphée est alors assailli par un serpent que Phoebus métamorphose en pierre (tel qu’il se trouvait, dans l’écartement béant des mâchoires).

L’ombre d’Orphée descend sous terre. Orphée en toute sécurité peut s’y retourner pour regarder son Eurydice.

Dionysos, affligé de la perte du chantre de ses mystères, attache au sol par de tortueuses racines toutes les femmes Eodiennes qui avaient assisté à l’attentat sacrilège ; elles ne peuvent plus se détacher du sol. Tout leur corps est de bois qui résonne comme tel lorsqu’elles se frappent les cuisses pour tenter d’exprimer leur douleur (en fait elles ne peuvent pas ; elles sont privées du sentiment comme mode de soulagement).

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :