LA BRUYERE, Misère du monde

Présentation

Lecture au sens de Van Gogh: "Il faut apprendre à lire, comme on doit apprendre à vivre"


Début
 

« Dans cent ans le monde subsistera encore en son entier ; ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs. »
*

 

 

        Un des objectifs des Caractères est de "caractériser" des types humains : par exemple, le courtisan, qui est donné comme un être purement social, aliéné à un mécanisme, la cour.

Deux chapitres des Caractères, « De la cour » et « Des grands » (centraux dans l’œuvre), font plus clairement et systématiquement, moins qu’anecdotiquement, l’analyse des mécanismes régissant la société des hommes (à une époque peut-être pas si révolue que cela*). Ces deux chapitres entraînent logiquement un positionnement politique à visée de réforme dans le chapitre qui suit : « Du souverain ou de la république ».



Autre extrait


Approche de « Du souverain ou de la république »

 

 

 

 

1-12 : Pas de type de gouvernement idéal : mais le fait est que la république favorise particulièrement la guerre, le déclenchement d’un processus qui mène à la guerre.

 

 

Il n’existe pas d’idéal politique :

 

« Quand l’on parcourt, sans la prévention de son pays, toutes les formes de gouvernement, l’on ne sait à laquelle se tenir : il y a dans toutes le moins bon et le moins mauvais. Ce qu’il y a de plus raisonnable et de plus sûr, c’est d’estimer celle où l’on est né la meilleure de toutes, et de s’y soumettre. »

 

Le pire étant quoi qu’il en soit la tyrannie (pouvoir d’un seul imposé par la force).

 

La république, elle, mène au despotisme, par asservissement moral des peuples :

 

« C’est une politique sûre et ancienne dans les républiques que d’y laisser le peuple s’endormir dans les fêtes, dans les spectacles, dans le luxe, dans le faste, dans les plaisirs, dans la vanité et la mollesse ; le laisser se remplir du vide et savourer la bagatelle : quelles grandes démarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence ! »

 

Fatale inertie des républiques (pas d’innovation possible, de réformes fondamentales possibles) :

 

« Quand on veut changer et innover dans une république, c’est moins les choses que le temps que l’on considère. Il y a des conjonctures où l’on sent bien qu’on ne saurait trop attenter contre le peuple ; et il y en a d’autres où il est clair qu’on ne peut trop le ménager. Vous pouvez aujourd’hui ôter à cette ville ses franchises, ses droits, ses privilèges ; mais demain ne songez pas même à réformer ses enseignes. »

 

Masse insaisissable, en fait incontrôlable (on ne peut que la neutraliser, l’endormir) :

 

« Quand le peuple est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer ; et quand il est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir. »

 

Fonctionnement complexe d’une république entraînant précarité de celle-ci :

 

« Il y a de certains maux dans la république qui y sont soufferts, parce qu’ils préviennent ou empêchent de plus grands maux (…) Il y en a qui affligent, ruinent ou déshonorent les familles, mais qui tendent au bien et à la conservation de la machine de l’Etat et du gouvernement. »

 

D’autre part, la république favorise la convoitise :

 

« Qu’importe à l’état qu’Ergaste soir riche, qu’il ait des chiens qui arrêtent bien, qu’il crée les modes sur les équipages et sur les habits, qu’il abonde en superfluités ? Où il s’agit de l’intérêt et des commodités de tout le public, le particulier est-il compté ? La consolation des peuples dans les choses qui lui pèsent un peu est de savoir qu’ils soulagent le prince, ou qu’ils n’enrichissent que lui : ils ne se croient point redevables à Ergaste de l’embellissement de sa fortune. » (tout ceci est à prendre ironiquement semble-t-il assez évidemment)


Or, la guerre est le produit de la convoitise :

 

« De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les autres. »

 

Le goût de la nouveauté (attisé par république) entraîne les peuples à la guerre :

 

« Il va même souvent jusques à oublier ses intérêts les plus chers, le repos et la sûreté, par l’amour qu’il a pour le changement, et par le goût de la nouveauté ou des choses extraordinaires. »

 

Euphorie en fait, excitation même, qu’entraîne la guerre!:

 

« Voilà, continue-t-il, un grand massacre, et il faut convenir que nous jouons d’un grand bonheur. »

 

Référence aux mécanismes, aux jeux diplomatiques ; jeux joués par tous gouvernements : par conséquent, la diplomatie n’empêchera pas la guerre, bien au contraire :

 

« Il ne parle que de paix, que d’alliances, que de tranquillité publique, que d’intérêt public ; et en effet il ne songe qu’aux siens, c’est-à-dire à ceux de son maître ou de sa république. (…) tous les raffinements  de sa politique rendent à une seule fin, qui est de n’être point trompé, et de tromper les autres. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



* « Samo », taguait Jean-Michel Basquiat, abréviation de « the same old shit ». – oui, mais comment ne pas leur donner raison ?

* il n’est que de remplacer certains mots par d’autres.



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :