BASQUIAT, Sur l'invasion des choses et le langage

EXTRAIT AUDIO (lecture: Jérôme Parzyfz)



Présentation

 

Les couleurs parlent
la nature parle
les signes parlent
les objets parlent,
ils parlent essentiellement du réel
et puis de volonté humaine de chercher autre chose.

 


Début  


Ecart qu’il y a entre l’être intérieur et l’être extérieur, encore plus marqué chez Basquiat, / entre ce que l’on sait de lui et ce que l’on a dit voire fait de lui, ce qu’il a fait de lui ; écart entre ce « je » et cet autre sensible qui se donne à moi sur ses toiles.

Il y a tant d’écart entre ce qui se dit et ce que l’on sent.

 

Bouche finalement contaminée, visage sombre, oeil qui pleure, saigne, s’évide, / peut-être à mentir, à vouloir être un autre, ou par désespoir de ne pouvoir parvenir à être un « je », comme d’autres semblent y parvenir (partage intime, déchirement).

 

Passé la nuit dans Basquiat, ses couleurs, son fatras. Suis sorti épuisé. Toute la nuit dans la vie incréée par le langage, la vie comme magma de choses, insignifiantes, agressives, stupides, comme une pluie en averses qui vous crible.

 

Vision du monde sans le langage, à travers l’absence du prisme nécessaire du langage, nécessaire du point de vue de la survie humaine.

 

Oeils verticaux, vision démultipliée de cyclope: pas de conscience comme grille d’organisation, de contrôle, mais une extra lucidité, / un regard d’une transparence terrifiante, une extra lucidité sans caractère transcendant, / sans création, re-création par le Verbe.

                                     

Oeil vertical qui voit le réel, la nuit du réel (pleurs et sang)

 

Le gros œil de Basquiat (l’autre est borgne), / qui voit à travers la grille de son corps derrière laquelle est une âme inerte, ou tendue, sensible, comme une peau de tambour ; / une peau encore tendue et souple de tambour, mais déjà trop sollicitée, meurtrie. Un regard qui saigne.  

 

 

Autre extrait

Picasso se sert du langage, son équivalent pictural, pour repousser, transgresser les bornes du langage. Il substitue un langage à un autre, qui le rend tout puissant, méchamment.

 

Basquiat ne parvient pas à devenir méchant.

 

Supporte mal la souffrance immémoriale qu’il ressent comme un petit animal.

 

Derrière le masque, il y a un visage d’enfant.

 

Voit d’ailleurs les femmes comme un enfant les voit.

 

Picasso sort du langage par le langage : il s’impose par le langage et domine.

Basquiat est dépossédé du langage. Dépossédé, c’est-à-dire (dans le langage), possédé : possédé par la vie révélée comme cauchemar, lieu d’enfermement vivant d’une conscience passive : un œil qui regarde ce qu’il voit ; / une conscience pétrifiée et impuissante.




 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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